L'Or ou le cirque de Marie

Texte de présentation de l'exposition photographique "L'Or ou le cirque de Marie" par Marie-Christine Vernay - 1995

 

L'OR OU LE CIRQUE DE MARIE

Photographies de Karine Saporta

 

Comment porter un regard sur son propre travail ? Karine Saporta, qui dirige le Centre Chorégraphique National de Caen, répond en changeant de discpline.

 

 

Elle n'est plus chorégraphe mais photographe, prenant essentiellement de la distance par rapport au mouvement; Toutefois, ses photos sont travaillées par la danse, par la scénographie, par l'espace. C'est là qu'elles prennent leur origine.

 

 

La série photographique L'Or ou le cirque de Marie, élaborée à partir de prises de vue au Cirque de Reims où fut crée le spectacle en avril 1995, est centrée sur les personnages du ballet et sur le lieu. On est projeté à la fois dans la réalité architecturale du cirque de Reims et dans le cirque réinventé par Saporta, une sorte de "temple", de "crèche", de "gouffre" selon ses propres termes.

 

on ne verra pas, ni dans l'exposition, ni dans le spectacle, de numéros de bravoure. Les personnages sont capturés par la lumière. Ils semblent attendre impassibles, une hypothétique mise en marche. dans ces postures de l'attente, non de l'ennui, ils ressemblent à des automates qui ne savent plus très bien s'ils sont de chair ou de rouages. Vierges folles brûlantes ou désincarnées de la semaine sainte, adolescentes à la jupette percée de flèche de l'amour, femmes monstres pourtant si douces sous leur peluche rose, gitanes aux robes fleurs, torero, bailador : les personnages photographiés dans les lumières du spectacle hésitent entre profane et sacré ; bleu pictural d'un ciel espagnol, ocre d'une terre aride, or des processions.

 

Les visages, les costumes s'offrent à la lumière ou se dérobent, Karine Saporta préférant insister sur un détail de l'architecture, par exemle une colonne dorée qui s'élance. Elle construit la mise en scène sur le jeu entre le lieu et ses habitants, pigmentalement liés. D'eux se lèvent un "cante jondo", le silence des photographies appelle le fracas, le bruit salvateur, le martèlement d'un "zapateado" sur le bois chaud.

 

Marie-Christine VERNAY