Karine SAPORTA, le femme surréaliste

Texte de Chantal Aubry - 1992

 

"Architecte, chimiste, savante, magicienne", Karine Saporta porte en elle un grand rêve impossible, qu'elle énonce avec une étrange et poétique suavité en marge de chacun de ses spectacles.

 

 

Etre tout et partout à la fois, orchestrer, imprégner, organiser, marquer, faire, défaire, refaire, inventer, en somme surréaliser au sens le plus littéral du terme.

 

 

Et c'est bien en effet le rôle de cette chorégraphe singulière que de mettre en scène ces fantasmes souverainement anachroniques qui sont les siens, ces splendeurs sans lieu ni temps, au sein desquels des petits fantômes mécaniques irrésistiblement s'agitent.

 

D'une Russie fanée et dostoïevskienne (A ma mère "La Fiancée aux Yeux de Bois") à une Ibérie plus cruelle que nature, plus criarde et plus sombre à la fois ("Les Taureaux de Chimène"), au tournoiement obstiné de quelque cabaret de l'Amérique profonde, une Amérique de bastringue hantée par la sublime Valeska Gert et par sa danse sur le volcan ("La Poudre des Anges"), elle revisite ainsi les lieux mentauxnde ses origines et de ses parcours.

 

Elle y fait surgir des anges étincellants, vamps, femmes fatales, femme toute chair, anges noirs, messagers d'un au-delà du signe aux couleurs violemment contrastées, que son insatiable désir d'images fait transporter dans d'autres univers.

Ainsi, elle se sert de l'art photographique comme usaient les artistes du début du siècle, femme à la boite noire plus habiles encore que les hommes à créer de toutes pièces ces tableaux animés extravagants peuplés de walkyries et de prince charmants.

 

Et reprenant les prodigieux personnages de "La Poudre des Anges", elle pousse plus loin encore sur la voie du fantasme, de la mémoire enfouie de l'enfance et de l'élucidation. Dès lors, dans un décor de palais décadent, de bains et de vasques miroitantes, surgissent princes et princesses, jeunes filles perdues, anges et sorcières.

 

Et la beauté des corps, ce souci perpétuel de la beauté qui est plus que jamais le sien, culmine et s'épanouit dans une mise en scène, couchée, celle-ci, sur le papier glacé.

Une folie, une autre sorte de sublime.

 

Chantal AUBRY

1992