Karine Saporta et le Cinéma

Avril 1992

 

Ce que j'aime au cinéma, c'est d'être si petite ... en face du rêve. J'aime au cinéma cette supercherie de la "réalité" domptée, emprisonnée, totalement dénaturée ... lorsque le "réalisme" est enfin vaincu, totalement défait.

 

Ce que j'aime au cinéma, c'est la résurgence, en ce siècle incroyant, de l'idolâtrie, de l'adoration ...

 

 

Pour cela, lorsqu'il est profond ... le cinéma est comme la représentation religieuse : absolu-ment inhumain et métaphysique. La scène, quant à elle, a ses limites, qui sont celles de la vision à l'oeil nu. Celles de l'unité de lieu, de la continuité du temps, de la logique réaliste du déplacement et de l'enchaînement des gestes.

 

 

La scène peut être hallucinatoire ... mais comme il faut oeuvrer pour la rendre telle ! Le cinéma nous permettra d'aller mille fois au-delà, de trouver des audaces encore inimaginables : conditionnés, aujourd'hui, que nous sommes par l'appartenance de la danse aux arts de la scène.

 

Si le théâtre n'avait pas existé, si la nécessité de la "fonction théâtre" n'avait pas été ... le cinéma n'aurait jamais existé. Il n'aurait jamais surgi comme nécessité dans l'histoire des techniques de l'imaginaire.

 

Parce que la danse existe aujourd'hui au croisement de toutes les formes d'expression scénique vivantes ... elle a historiquement, nécessairement à faire avec le cinéma ... Le cinéma ... qui lui, une fois encore n'est que parce que le spectacle et le théâtre sont, depuis toujours : les rites inévitables du "re-jeu" par l'homme ... de la réalité extérieure.

 

Karine SAPORTA

Avril 1992