Hideyuki Yano

Avril 1997

 

Le travail d'Hideyuki Yano était un travail étonnant combinant des éléments de méthodes généralement contradictoires.

 

En effet, ce travail se fondait sur le monde des sensations, des désirs et des émotions de chaque danseur que Yano était amené à diriger, mais il laissait aussi une place au pouvoir du hasard dans les rencontres entre les "personnages" ou les personnalités présentes sur le plateau.

 

 

D'autre part, Yano semblait composer selon une symbolique "mathématique" extrêmement personnelle souvent productrice d'univers plastiques forts capable d'unifier des moments chorégraphiques apparemment très éloignés les uns des autres.

 

 

Une chose semble particulièrement remarquable dans cette démarche qui était la sienne d'autant qu'il faut bien reconnaître que les idées sur la danse et la création depuis la fin des années 70 et le début des années 80 ont radicalement changé, il s'agit du rejet fondamental de toute figure technique ou formelle pour elle-même qui était à la base du travail de recherche que nous poursuivions avec Yano.

 

Dépassant encore le travail sur la sensation développé par la méthode d'Alwin Nikolaïs et ses dérivés, s'approchant par certains aspects de l'état d'esprit des premiers chercheurs de la danse contact et du mouvement provenant du plus profond de la vie organique et pulsionnelle, la recherche avait pour objectif "d'être", sur scène, avec une telle intensité et un tel pouvoir magnétique émanant une concentration et une énergie mentales exceptionnelles, que le moindre petit geste produisait un effet plus bouleversant que d'importants déploiements dans l'espace, d'importantes évolutions dans le temps.

 

Ainsi, la moindre traversée dans un filet de lumière devenait-il un évènement magique et poignant, une simple accolade, une simple poussée d'un partenaire vers le sol ...

 

Avant de travailler avec Yano, ayant eu la chance de rencontrer des professeurs formés comme Alwin Nikolaïs, chez Hanya Holm, ayant aussi par ailleurs travaillé avec Alwin Nikolaïs et avec des américains sortant de l'école Nikolaïs la recherche d'une plus grande intériorité dans la production d' une gestuelle, j'avais déjà appris la méfiance envers des manifestations gestuelles extérieures non reliées aux frémissements "poétiques" de la sensibilité.

 

Avec Yano, j'ai infiniment progressé dans la prise de conscience de cette région de l'être, qui ne s'appelle ni raison, ni sentiment, qui serait proche d'un pur vouloir-vivre, vouloir émettre ou recevoir, vouloir construire ou détruire ... d'une pure énergie vitale admirablement complexe dans sa formule, physique et mentale à la fois ... auxquels comme les poètes, nous chorégraphes, devons prêter une écoute humble et extraordinaire pour créer des oeuvres fortes.

 

Karine SAPORTA

Avril 1997